Interview d’Alexis Béatrix (EN 93) et Fondateur de The WiW

Alexis, peux-tu nous dire quelques mots de ton parcours marine ?
Même après avoir quitté l’uniforme depuis 2 ans, j’aime toujours dire que je suis un canonnier. Ce qui veut dire que j’ai eu une carrière de surfacier, riche en opérations. Avec la chance de beaucoup naviguer et de faire, avec des équipages formidables, des missions mémorables aux quatre coins du Monde.
Quelques moments particulièrement forts : la Baille (1993-96) -bien sûr-, Cdt de la Rieuse (2004-05), cdt du PM L’Her (2008-10), cdt de la Pépinière (2014-2015, j’ai eu le triste privilège de fermer définitivement les portes le 31/12/15) et Norfolk de 2010 à 2013.
J’ai eu « une belle marine », c’est certain. Je n’hésite pas à le dire, ni à savoir gré, sans flagornerie, à tous ceux qui, dans la durée, ont pensé avec intelligence et réussi à construire et faire marcher cette si belle « machine », en dépit des budgets serrés.

Alors, pourquoi avoir posé la casquette ?
Les bonnes choses ont une fin et j’ai préféré ne pas risquer de ternir cette image heureuse en passant par une case type « Balard ». Et puis, j’avais des idées et des envies d’entrepreneuriat.
Vous savez : une envie de faire, de créer, d’essayer, à son rythme, avec la possibilité de tâtonner. Pour cela, le cadre Mindef n’était pas vraiment adapté ! Il fallait donc partir.
J’ai préparé tout cela pendant plus de deux ans, notamment en faisant un MBA. Cela m’a permis non pas de changer de logiciel mais d’en ajouter d’autres à mes compétences et expériences.

Du coup, que fais tu aujourd’hui ?
Je dirige depuis 2016 une start-up appelée « The WiW » et basée à Nancy : nous développons une plateforme logicielle de traitement de données pour les besoins de l' »industrie du futur », le « What is What » (d’où le nom de ma société. Il permet de collecter et organiser les données techniques, historiques, documentaires, etc. relatives aux équipements et installations industriels afin de les exploiter pour le pilotage de l’entreprise (traçabilité, optimisation, planification, performance…). Dit comme cela, ce n’est pas très glamour, mais c’est un sujet d’actualité qui touche à des domaines aussi variés qu’essentiels pour la compétitivité industrielle. Par ailleurs, cela me permet de visiter quantité d’entreprises en France : c’est souvent étonnant de richesse et de compétences. Et toujours passionnant.

Pourquoi rejoindre l’AOVC ?
Quand on est dans la marine, on est en équipage, on partage une culture et des missions communes. On s’entraide, on travaille ensemble, on apprécie la vie de carré, on devient amis (et pas seulement « collègues ») … Quand tu es dehors, tu perds tout cela, irrémédiablement. Bien sûr, il y a autre chose, d’autres formes de relations humaines… Mais je reste très attaché à celles qui m’ont, il faut le reconnaître, « formatté » en quelques 22 ans. Attention : ce n’est pas de la nostalgie mais la conviction forte que nous nous sommes construits et épanouis dans un cadre dont la richesse, l’efficacité et l’effet psychologiquement bienfaisant ne se retrouvent malheureusement pas dans le civil. Du moins pour ce que j’ai pu en voir pour l’instant.

Je recherche donc deux choses au travers de l’AOVC :
– Prolonger les liens, l’ambiance, les affinités et cette culture commune. Comme cela peut se faire également au sein d’autres associations amicales (je suis par ailleurs membre de l’AEN).

– Mais, surtout, l’AOVC a une carte spécifique à jouer : permettre à ses membres devenus civils de « faire du business » entre eux, de se recommander, de se donner des coups de main professionnels. Sans fausse pudeur, ni tabou, de manière ouverte et organisée pour que ce qui nous a rendus forts et efficaces quand nous portions une casquette nous permette aujourd’hui de développer nos activités, de trouver des partenaires, de recruter les bonnes personnes, etc.
Bien sûr, cela se fait déjà de façon informelle. Mais je pense que, sans que cela ne devienne une sorte de BNI (NDLR : Business Network International, club d’affaires très structuré dont les membres « doivent » s’apporter mutuellement des affaires), on pourrait faire mieux. Personnellement, rien ne me fait plus plaisir que de pouvoir « envoyer » une affaire à un camarade ou de savoir qu’un autre camarade viendra un jour vers moi, en confiance, me proposer de travailler sur un projet commun.
Dans la marine, on est souvent mal à l’aise quand il faut parler d’argent, de salaire, etc. Chacun lui attache l’importance qu’il veut… mais quand vous devez le gagner autrement qu’au travers d’une feuille de solde barèmée, il faut savoir être à l’aise et efficace. Autant (bien) s’organiser autour de cette identité marine que nous avons en commun pour que notre 2ème voire notre 3ème carrière soit une réussite.

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